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La Communauté turque: un sujet de recherche à l’université

La Communauté turque: un sujet de recherche à l’université

La Communauté turque à Montréal: un sujet de recherche à l’université

 

Édith Robert, une Québécoise, a fait son mémoire de maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal au sujet des Turcs de Parc-Extension à Montréal. Son mémoire intitulé «Les « Turcs » de Parc-Extension l’exemple d’un « ordre » communautaire» a eu une mention d’honneur en 2008. Édith a répondu avec beaucoup d’honnêteté à mes questions sur ses expériences au sein de la communauté turque et sur son mémoire dont elle a eu beaucoup de plaisir dans la réalisation.

 

Duygu Özmekik

Duygu Özmekik

D: En premier lieu, peux-tu nous présenter brièvement le sujet de ton mémoire?
É: Mon mémoire de maîtrise portrait sur la communauté turque de Parc-Extension. Quand je l’avais écrit, il y avait eu deux sujets d’actualité qui étaient très présents au Québec. Le premier étant l’institution des tribunaux islamiques au Québec en 2005 en Ontario. Le deuxième était la question des accommodements raisonnables. Comme je travaillais avec la communauté turque, je me suis dit que cela pouvait être intéressant vu de leur angle parce que la Turquie est un pays laïque, la loi de la Turquie sur la laïcité est plus claire qu’au Québec. C’était intéressant d’étudier une communauté qui est au fond musulmane, mais laïque. Mon idée était de donner un exemple. Pourtant, mon sujet n’était pas intéressant pour la communauté dans laquelle je travaillais. Ils ne le considéraient pas comme quelque chose de préoccupant, parce qu’ils étaient déjà habitués à la laïcité et ce débat ne faisait pas partie de leur vie. Par conséquent, j’ai décidé de ne pas faire ce sujet de laïcité. Quand je travaillais avec les gens de la communauté turque, j’ai remarqué que, même si ce n’était pas officiel, les gens avaient plus tendance à régler leur problème de famille entre eux au lieu d’aller voir un avocat ou un médiateur extérieur. Dans le fond, mon sujet est plus porté là-dessus.

D: Pourquoi tu as choisi la communauté turque?
É: J’ai vu l’annonce d’une recherche de serveuse dans le Journal de Montréal. Je revenais de mon voyage en Turquie. J’avais besoin d’un travail. J’ai choisi cette annonce sans savoir que c’était un café turc. J’ai eu l’emploi et j’ai aimé mon expérience là-bas. C’était comme un laboratoire pour une étudiante de sociologie, mais en même temps ils étaient tous très gentils avec moi. J’ai travaillé dans ce bar pendant 4 ans. J’aurais pu utiliser n’importe quelle autre communauté, mais c’est avec eux que je pouvais parler. Mon sujet portait sur la manière dont les règles familiales s’instaurent quand c’est sur une base ethnique. Comment une communauté s’organise-t-elle sur une base ethnique? C’était ça ma question.

D: Comment tu as étudié ce sujet?
É: J’ai étudié ce sujet sur 3 terrains: sexes, lieux, mariages. J’avais observé le café turc que je travaillais comme le lieu juste masculin, parce que c’était un lieu juste pour les hommes. J’étais la seule fille parmi eux. Finalement, un des problèmes principaux qui ressortaient de ces entrevues, de cette communauté qui s’organisait sur la base ethnique, c’était la question de mariage. Les gens se demandaient avec qui marier leurs enfants. C’était un stress un peu parce que c’était comme s’ils avaient très peur de perdre quelque chose. En faite, leurs enfants étaient souvent nés ici. Ce qui était exceptionnel dans la communauté turque de Parc-Extension, c’est qu’ils étaient venus tous du même village de Denizli. Ils se connaissaient tous là-bas.

D: Est-ce que d’après tes recherches et tes observations, cette organisation ethnique était satisfaisante pour les gens de la communauté?
É: Pour les immigrants qui se sentaient toujours obligés d’être dans leur communauté turque, je pense que cela était satisfaisant. Surtout pour les hommes. Pour les femmes, ces règles familiales étaient plus à gérer.

Édith Robert

Édith Robert

D: Quelle est la situation des femmes dans cette communauté?
É: Souvent, les filles sont nées à Montréal. La préoccupation des parents était comment marier leur fille. Les parents étaient très impliqués dans le choix du conjoint, mais ils n’étaient pas contre l’éducation de leur fille comme dans certaines d’autres cultures. Les mariages se fonctionnaient ainsi: la fille qui était à l’âge de mariage, elle passait un été en Turquie. Elle se rencontrait souvent son futur conjoint lors d’un autre mariage et le prochain voyage était pour se fiancer. Au retour, la fille préparait les papiers de parrainage. Entre temps, les fiancés se communiquaient sur l’internet pour mieux se connaitre. D’après moi, ces filles qui étaient entre deux mondes différents, elles réussissaient bien à manier leur situation et trouver un moyen de contourner un peu l’ordre établi. J’aimerais quand même savoir le point de vue des hommes, mais ce n’était pas possible. J’ai pu faire dix entrevues avec dix filles au sujet de leur mariage. Ce n’était pas si facile à les convaincre.

D: Qu’est-ce qui était choquante pour toi dans cette culture?
É: L’amour pour le soccer. Quand j’étais engagée dans ce café, c’était le CUP en Corée, en 2002. La Turquie était arrivée en troisième. Je n’ai jamais vu du monde si heureux de ma vie! Les matchs étaient en Corée et à cause de décalage d’horaire, c’était diffusés à 5 heures du matin à Montréal. Je devais être au café à cette heure-là. Et puis, j’avais appris plus tard qu’ils ont eu un jour de congé national en Turquie. Je l’avais trouvé vraiment bizarre.

D: Est-ce qu’on fait d’autres recherches au Québec dans les universités sur la communauté turque?
É: Il y en a beaucoup en Allemagne, mais au Québec, je dirais, non. À l’Université de Montréal, le professeur en sociologie, Sirma Bilge faisait des recherches sur la communauté turque.

D: À la lumière de tes expériences dans la communauté turque en tant qu’une sociologue, est-ce que tu as d’autres idées de recherches à donner aux étudiants de sociologie sur la communauté turque à Montréal?
É: L’importance de l’honneur dans la culture turque peut être un bon sujet à étudier. L’importance qu’on donne à la fierté est assez impressionnante. Lors de mes séjours en Turquie, j’ai remarqué également cette fierté dans le peuple.

D: En faite, qu’est-ce que tu as aimé le plus dans ce milieu de la communauté turque?
É: J’ai bien aimé cette culture. La solidarité dans cette communauté est forte. C’est très beau à avoir. Ils s’aident entre eux. C’est rassurant.

 

duygu.ozmekik@gmail.com

 

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Duygu Özmekik / Notre Anatolie / Juin 2015

 

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