EDITORIAL

 

Appel à la tolérance plutôt qu'à la haine


L'assassinat, survenu le 19 janvier 2007, de notre collègue Hrant Dink, un journaliste turc d'origine arménienne, nous a profondément ébranlés, en tant que journalistes et êtres humains, et c'est bien naturel que cet événement ait été largement rapporté dans les médias mondiaux et vivement dénoncé.

Alors que nous appuyons la grande majorité de ces dénonciations qui ont été exprimées depuis le triste événement, nous essayons également comprendre d'autres condamnations qui ont émané, par exemple, de cercles qui fomentent la haine envers les Turcs et qui ont historiquement basé leur existence entière dans cette haine.

Mais ce que nous ne comprenons pas, cependant, c'est que, dans une nation multiculturelle telle que le Canada, le président d'un organisme des medias -regroupant des différents médias de tous genres provenant des quatre coins du monde - puisse ressentir et exprimer une haine aussi explicite et totale à l'égard du peuple turc.

Le meurtre brutal de notre collègue Hrant Dink a été plus sévèrement condamné en Turquie qu'ailleurs dans le monde. Des centaines de milliers de Turcs sont en effet descendus dans la rue et ont scandé « Nous sommes tous Arméniens, nous sommes tous Hrant Dink ! ».

Ne semble-t-il pas que le National Ethnic Press and Media Council of Canada, (nous ne mettons pas leur nom en français, puis qu'eux même ils ne voient pas la nécessité de le mettre malgré le bilinguisme du pays) par le truchement de son président qui, à l'évidence s'absout de tout devoir d'éthique professionnelle et profite de son statut, utilise l'organisation comme sa propre compagnie, pour diffuser dans la population ses sentiments personnels et hargneux, lance un appel à la haine plutôt qu'à la tolérance et à la compréhension?

Nous nous demandons comment un organisme, qui regroupe des centaines de différents médias à travers le Canada et dont le rôle est de soutenir ses membres pour résoudre les problèmes envers les gouvernements, peut se croire justifié de disséminer la haine envers une nation entière ?

Nous voulons également savoir comment le président du National Ethnic Press and Media Council of Canada, lui qui utilise déjà sa propre publication pour faire signer en Amérique du Nord une pétition visant à empêcher la communauté turque dans son pays origine (la Grèce) de parler leur langue maternelle, peut se permettre de prendre la parole au nom des citoyens d'un autre pays.

De nos jours, comme dans le monde entier qu'au Canada, notre pays, nous avons besoin de davantage de compréhension et de tolérance.

Il est évidemment impossible d'atteindre un tel objectif en cultivant la haine. La voie du travail commun et des efforts effectués pour se comprendre les uns les autres dans le respect des peuples de toutes nationalités est la seule issue possible.

Sous la lumière de tout cela, alors que nous condamnons le meurtre brutal de notre cher collègue Hrant Dink, il est de notre devoir de condamner du même souffle cette mentalité qui attise la haine envers un peuple entier.


Bizim Anadolu

Février 2007